Farid BENYAA inaugure sa galerie d’art
C’est le désir de se libérer, d'aller de
l'avant à la découverte d'autres expériences,
d’autres horizons qui aura participé à la
concrétisation de ce projet de galerie que Farid BENYAA
caresse depuis plus de trois ans. Une galerie qui servira tout
d’abord les œuvres de son créateur mais qui
ne se détournera pas dans un deuxième temps des
œuvres de jeunes talents.
Du nouveau sur «le marché de l’art» algérois.
Une galerie d’exposition-vente privée vient d’être
inaugurée. L’architecte-artiste-peintre BENYAA est
l’artisan de cette heureuse initiative. Un vieux rêve
qui se réalise.L’inauguration de cette galerie d’art,
qui s’est donnée le temps de naître et de se
faire connaître, s’est entourée d’une
discrétion de bon aloi. En fait, à bien y regarder,
la discrétion semble être un trait d’esprit
de l’artiste lui-même. Ce dernier l’insufflerait
à tout ce qu’il créerait. Et comme la galerie
est l’une de ses créations, on ne peut, dès
lors, s’étonner de la voir nichée dans son
coin sous le regard condescendant de la grosse bâtisse qu’est
la clinique de cardiologie de Bir Mourad Rais. Sans l’auvent
jaune qui surmonte l’entrée de la galerie, on pourrait
passer juste à côté sans même la remarquer.
Le carillon de la porte qu’on ouvre salue l’entrée
du visiteur. A l’intérieur, le monde de BENYAA vous
attend. La vingtaine de mètres carrés de l’espace
de la galerie sont judicieusement occupés. Sur les murs
de droite et de gauche, les cimaises qui recevront les toiles.
Au fond, un bureau au design moderne, conception Farid BENYAA,
limite l’espace de la galerie. Derrière le bureau,
un auvent du même style moderne dissimule l’espace
convivial que forme le living-salon. Le regard, après avoir
balayé tout l’espace, revient aux toiles accrochées.
Il s’aiguise et se vrille sur la première œuvre.
C’est de l’art figuratif au sens littéral du
terme. La finesse du détail et la délicatesse du
trait confère à la Révoltée un réalisme
qui la transpose du figuratif au dessin réaliste.
«Le diable est dans le détail», dira plus
tard Farid pour reprendre une maxime d’architecte. Et à
voir avec quelle minutie le rapidographe trace les détails
qui se lient et s’unissent pour dessiner l’idée.
L’idée deviendra idéal de liberté et
de combat contre ces personnages et ses mains enserrant le visage
dont la bouche est ouverte sur le cri muet jaillissant des tréfonds
de la révoltée. Un cri contre une condition. Un
trait pour une libération, pour la volonté dechangement,
même par le combat, que distille ce regard noir. C’est
avec un même souci du détail que la pointe dessinera
le bonheur dans le sourire de la femme de la Cérémonie
à Bou Saada. Le thème plonge ses racines jusque
dans les effluves du couscous de la cérémonie. Et
quand le symbole s’en mêle, c’est l’Enfance
cadenassée qui vous suggère l’asservissement.
Le rotring tracera le symbole de l’emprisonnement. Une clef
et un assarou (cadenas targui) symboliseront la soumission de
la petite fille et du jeune garçon au diktat de l’adulte.
Ni les bras protecteurs de la mère ni son regard mélancolique
ne pourront desserrer le carcan. Et quand l’œuvre Azar
(racine) chante et déborde de joie, elle éclate
le cadre. Plus rien ne la retient. Elle n’a d’autres
attaches que celles de ses izouranes, (pluriel de azar) qui, en
la rattachant à l’ancêtre symbole, la libèrent
en même temps des entraves d’une culture empruntée.
Plus loin, Farid BENYAA nous propose une balade dans les ruelles
de la Casbah que l’architecte connaît pour avoir travaillé
sur son hypothétique restauration. Pointes et pinceaux
fleuriront les venelles. Les pavés débordent de
couleurs et éclaboussent la sombre perspective des boyaux
de la Casbah. Quand les particules lumineuses de couleurs débusquent
les coins sombres et débouchent les perspectives, le noir
se glisse dans le voile de la femme, dans les contre-marches ou
les solives d’un Encorbellement. Le figuratif fera une virée
dans le désert pour le troisième thème de
l’exposition. Les Touareg sont à l’honneur.
L’encre de Chine trace l’horizon dénudé
du targui et habille son monde de ces gestes millénaires
qui tutoient le temps.
Et pour exorciser le diable, Farid BENYAA laisse courir ses pinceaux
sur les vastes landes de l’art moderne. Corrida, Particules,
Empreinte, Espace-temps, Voile et Invisible sont l’exutoire
«colonial» de l’architecte pris dans les rets
du détail. C’est certainement ce même désir
de se libérer, d’aller de l’avant à
la découverte d’autres expériences, d’autres
horizons qui aura participé à la concrétisation
de ce projet de galerie que Farid BENYAA caresse depuis plus de
trois ans. Le projet est enfin réalité. Une galerie
qui servira tout d’abord les œuvres de son créateur
mais qui ne se détournera pas dans un deuxième temps
des œuvres de jeunes talents. «Les vieux n’ont
pas besoin de publicité, dira Farid, c’est les jeunes
qui ont besoin de se faire connaître. C’est pour cela
que je n’exclus pas l’idée d’ouvrir,
dans une deuxième étape, ma galerie à leurs
œuvres.»
La Tribune H. G.
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