Le patrimoine, source inépuisable d’inspiration
Artiste peintre de renom, dont le style peut constituer toute
une école, Farid Benyaa puise ses sujets du patrimoine
national tout en leur ajoutant une touche de modernité.

Initiative: Dans vos œuvres il y a 3 thèmes
majeurs qui reviennent, le sud, la femme et la Casbah. Peut-on
en savoir plus ?
Farid Benyaa: effectivement, le sud, la femme et la
Casbah sont mes thèmes de prédilection. Tout d’abord,
la Casbah que j’ai découverte lorsque je travaillais
dans un bureau d’étude chargé de la réhabilitation
de ce monument à la fois historique et architectural. J’ai
découvert ce site en profondeur. La pierre m’a permis
de constater qu’elle pouvait avoir une histoire. Ce qui
fait l’architecture de la Casbah d’Alger, c’est
d’abord une architecture à l’échelle
humaine. C’est une architecture bâtie sans architecte
qui avait le privilège d’être en harmonie avec
les habitants. Les terrasses, par exemple sont infiniment plus
adaptées au mode de vie des algérois que les bacons
adaptés à notre mentalité.
Dans mes œuvres, j’ai essayé aussi de recréer
l’ambiance de ce site séculaire car il n’a
de vie qu’à travers ses habitants et ses activités
typiques. C’est pourquoi il y a toujours dans mes tableaux
ces activités typiques, cette architecture et surtout ces
personnages tels la silhouette de cette femme élégamment
drapée dans son Haïk en soie, cet artisan qui travaille
à l’extérieur de son échappe, ce porteur
d’eau et ce vendeur de thé.
Il y a aussi cette rue, exhalant des parfums typiques et suaves
d’ambre et d’épices, où les enfants
bruyants mettent de la vie. Il y a enfin ces ombres et lumières
qui transparaissent à travers l’encorbellement de
ses maisons et qui font la magie de cette médina.

Initiative: Le sud est également décrit
avec féerie….
Farid Benyaa: Effectivement, le grand sud est une région
fabuleuse, un site unique au monde. Pour ce thème, j’ai
essayé l’image exotique que beaucoup de personnes
ont de ce lieu grandiose, notamment les étrangers, pour
toucher à la philosophie de ces habitants, leur mentalité
vis-à-vis du temps et de l’espace, leur sens élevé
de l’honneur, leur mode de vie très riche mais très
simple, voire austère.
J’ai également essayé, à travers ma
peinture, de mettre en exergue leurs coutumes et traditions si
riches et millénaires. Dans ce cadre, il faut signaler
le sens de l’esthétique extrême développé,
de leur façon de s’habiller.
Initiative: Vous avez aussi peint des paysages grandioses
et féeriques,
Farid Benyaa: Les paysages grandioses se sont imposés
d’eux-mêmes dans mes œuvres. Il y a aussi toute
une symbolique derrière chaque paysage, toute une philosophie.
Les Touaregs attribuent à ces majestueuses montagnes des
histoires d’amour, des légendes. C’est la projection
de leur vécu.

Initiative: La femme, parée de ses atours, constitue
aussi l’un des thèmes majeurs de vos expositions.
Farid Benyaa: La femme est la pierre angulaire de la
société. C’est elle qui est la gardienne des
traditions, qui éduque les enfants et qui participe à
la vie économique et sociale. Mon souci est de la réhabiliter,
de lui redonner ce respect qui lui revient. A travers mes œuvres,
j’ai peint la femme au quotidien avec ses joies, ses peines
et son lot de problèmes.
Par ailleurs, je décris beaucoup la femme Targui dont j’ai
découvert le statut à travers mes lectures. Dans
ce système matriarcal, la Targui est l’épicentre
de sa communauté, fasciné par son statut j’ai
essayé de faire une « plongée » dans
cette communauté où la femme s’impose à
travers ses fonctions, ô combien essentielles. Je tiens
aussi à parler de sa culture, notamment musicale et poétique.
La Targui qui est une grande poétesse, joue de l’Imzad
(instrument traditionnel monocorde typique du sud) tout en chantant
la femme, la tradition et le patrimoine.
Initiative: La femme est aussi prétexte pour
vous, pour décrire la richesse des bijoux, des costumes,
…
Farid Benyaa: Toutes les femmes sont parées effectivement
de bijoux et portent majestueusement les costumes traditionnels
de chaque région d’Algérie. Dans ce sens,
j’ai fait un long travail de recherche documentaire afin
de restituer leur authenticité aux costumes et aux bijoux
car ils véhiculent des symboles qu’il faut décrypter.
Il m’arrive aussi de départir la femme de son accoutrement
pour renforcer la symbolique et ne pas enfermer le personnage
dans un contexte limité.

Initiative: Farid Benyaa a débuté dans
le figuratif, est passé par le symbolique puis a opté
quelquefois pour l’abstrait. Peut-on savoir plus?
Farid Benyaa: Farid est effectivement passé du
style figuratif, où il était spectateur de ce qu’il
voyait, à un style plus suggestif. Il est passé
à une préoccupation qui consiste non seulement à
traduire le patrimoine à travers des costumes et l’architecture
mais surtout de s’engager vers une symbolique, parler de
ce qui fait notre société, notre quotidien. C’est
ainsi que j’ai abordé la polygamie, l’enfance,
l’immigration, la femme battue ….
Initiative: Vous avez également introduit un
nouveau support dans vos œuvres, un support plus moderne
…
Farid Benyaa: J’ai introduit un nouveau support,
genre design, afin de donner plus de contemporanéité
à mes œuvres, pourquoi pas plus d’universalité.
Initiative: Revenons à votre galerie. Quels sont
ses objectifs ?
Farid Benyaa: La galerie assure d’abord l’accrochage
de mes œuvres. La galerie qui essaye d’être présente
aussi bien dans tous les événements importants telle
la journée mondiale de la femme, de l’enfant, s’adresse
aussi aux collectionneurs et aux artistes.
Elle a également un côté pédagogique
car elle est aussi ouverte aux étudiants et aux enfants
car nous voulons aussi que notre galerie contribue à leur
éducation esthétique. Notre objectif est de déclencher
chez eux un déclic qui fera d’eux les artistes de
demain.

Initiative: Farid Benyaa a aussi participé à
plusieurs actions caritatives notamment au profit des enfants
hospitalisés. Un mot sur ces actions …
Farid Benyaa: L’artiste est un élément
majeur, sinon le moteur de la société. J’ai
organisé une exposition vente d’œuvres réalisées
par les enfants malades et de quelques unes de mes œuvres
dont les recettes ont été versés à
l’école du centre hospitalo-universitaire de Bab
El Oued.
J’ai aussi offert des œuvres lors d’autres actions
caritatives et j’estime que c’est normal, c’est
un simple devoir.
L’avantage d’une œuvre est qu’elle est
produite par la main et l’esprit et c’est la meilleure
preuve de générosité que l’on peut
manifester à autrui. Le geste de l’artiste, je pense,
est une symbolique infiniment grande.
Initiative: Farid a des projets, des thèmes en
chantier. Quels sont ces thèmes?
Farid Benyaa: J’ai effectivement des thèmes
en chantier? D’abord une collection de 32 œuvres sur
les paysages d’Algérie et cela pour montrer la richesse
et la diversité du patrimoine naturel algérien.
La musique a été aussi retenue comme thème.
J’essayerais de parler des grandes écoles musicales.
Le dernier sujet que je trouverais sera en rapport avec la Fantasia,
partie aussi importantes de notre patrimoine culturel.
Djamel Belaid
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